Réponse rapide. En profession libérale, le régime de base décroche dès 48 060 € de bénéfice : au-delà, son taux tombe de 8,73 % à 1,87 %, et plus rien ne s’y acquiert après 240 300 € (2026) ; les complémentaires de section ont leurs propres règles. Quatre leviers déductibles comblent l’écart — prévoyance, plan d’épargne retraite, structure d’exercice, murs du cabinet —, dans cet ordre, chacun avec sa contrepartie.
Pourquoi la retraite obligatoire décroche passé un certain revenu
Un libéral cotise à deux étages au minimum — un régime de base et un complémentaire propre à sa profession —, auxquels s’ajoute, pour les professionnels de santé conventionnés (médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, auxiliaires médicaux), un régime de prestations complémentaires de vieillesse. Ces sections relèvent de la CNAVPL ; les avocats, de la CNBF, régime autonome.
Le décrochage se joue sur le régime de base : l’article L. 642-1 du code de la sécurité sociale calcule les cotisations par tranches, chaque tranche ouvrant droit à des points fixés par décret. En 2026 :
| Tranche | Revenu couvert | Taux | Points au maximum |
|---|---|---|---|
| T1 | jusqu’à 48 060 € (1 plafond de sécurité sociale) | 8,73 % | 557 |
| T2 | jusqu’à 240 300 € (5 plafonds) | 1,87 % | 25 |
Soit 582 points par an au maximum, chaque point donnant droit à 0,6599 € de pension par an au 1er janvier 2026 : une année cotisée au plafond ouvre environ 384 € de pension annuelle à taux plein (582 × 0,6599 €), la pension dépendant aussi du taux de liquidation, fonction de la durée d’assurance. Quarante années à ce niveau : de l’ordre de 15 400 € par an, près de 1 280 € par mois — en euros de 2026, valeur du point figée et revenu au plafond sur toute la carrière, hypothèse d’illustration. Le complémentaire de section relève ce niveau, variablement selon la caisse ; passé 240 300 €, la base ne produit plus rien.
Quatre leviers, et l’ordre où ils se posent
| Levier | Effet | Base légale | Contrepartie |
|---|---|---|---|
| Prévoyance | déduction + revenu de remplacement | art. 154 bis du CGI | cotisation à fonds perdus |
| Plan d’épargne retraite | déduction du bénéfice | art. 154 bis du CGI | épargne bloquée jusqu’à la retraite |
| Structure d’exercice | pilotage de l’assiette imposable | art. 219 du CGI | formalisme, coût de gestion |
| Murs du cabinet | loyer déductible, capital constitué | revenus fonciers et plus-values | illiquidité |
L’ordre compte : passer en société d’exercice avant d’avoir sécurisé ses arrêts de travail, c’est optimiser une fiscalité qu’un accident fait disparaître en trois mois.
Levier 1 — la prévoyance, l’angle mort du libéral
Un libéral qui s’arrête ne facture plus, et les indemnités de sa caisse démarrent après une carence. L’article 154 bis du CGI autorise la déduction des cotisations de prévoyance dans la limite de 7 % du plafond annuel — 3 364,20 € en 2026 — augmentée de 3,75 % du bénéfice imposable, sans dépasser 3 % de huit plafonds, soit 11 534,40 €. La garantie perte d’emploi subie a sa propre limite (1,875 % du bénéfice, ou 2,5 % du plafond annuel).
Le point de vigilance est contractuel, pas fiscal : franchise, définition de l’invalidité, exclusions liées au dos et aux troubles psychiques — deux contrats au même prix couvrent des réalités différentes. Voir notre page contrat de prévoyance.
Levier 2 — le plan d’épargne retraite, au plafond du non-salarié
L’erreur la plus fréquente : appliquer à un libéral le plafond du salarié. L’article 154 bis du CGI retient le plus favorable de deux calculs : 10 % du bénéfice, plus 15 % de la part située entre 48 060 € et 384 480 € ; ou, pour les petits bénéfices, 10 % du plafond annuel, soit 4 806 €. Au maximum, 88 911 € déductibles en 2026 — notre page plan d’épargne retraite détaille le choix du contrat.
La contrepartie : sommes bloquées jusqu’à la retraite hors cas légaux de déblocage ; à la sortie, le capital issu des versements déduits est imposé au barème sans l’abattement de 10 %, les produits au prélèvement forfaitaire unique. Aucune garantie de performance sur les supports, et les unités de compte comportent un risque de perte en capital.
Levier 3 — la structure d’exercice
Exercer en nom propre fait remonter tout le bénéfice à l’impôt sur le revenu ; une société à l’IS dissocie ce que l’on prélève de ce que l’entreprise gagne : selon l’article 219 du CGI, le bénéfice conservé est taxé à 15 % dans la limite de 42 500 €, à condition que le chiffre d’affaires n’excède pas 10 millions d’euros et que le capital, entièrement libéré, soit détenu de manière continue à 75 % au moins par des personnes physiques ; au-delà, 25 %.
Rémunération et dividendes n’ouvrent pas les mêmes droits sociaux ni la même assiette de déduction au titre de l’article 154 bis ; arbitrer sur le seul taux immédiat réduit les droits futurs. En face : comptabilité renforcée, obligations annuelles, sortie plus lourde que l’entrée. Voir notre page SELARL.
Levier 4 — les murs du cabinet
Détenir les locaux via une société civile immobilière et les louer à la structure d’exercice transforme un loyer perdu en capital. Le loyer reste déductible du résultat de la structure ; il devient, chez l’associé, un revenu foncier imposé au barème et aux prélèvements sociaux.
La revente dépend du régime fiscal de la SCI. À l’impôt sur le revenu, la cession suit le régime des plus-values immobilières des particuliers : 19 % d’impôt, 17,2 % de prélèvements sociaux, exonération totale à 22 ans de détention pour l’impôt et 30 ans pour les prélèvements sociaux, plus une taxe de 2 % à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value nette imposable (article 1609 nonies G du CGI). À l’impôt sur les sociétés — par option ou du fait d’une location équipée —, tout change : la plus-value se calcule sur la valeur comptable, donc après les amortissements déduits, sans abattement pour durée de détention, et le produit est taxé à l’impôt sur les sociétés puis une seconde fois à la distribution. Le choix IR/IS se tranche à la constitution, pas à la revente.
Deux risques : un loyer qui s’écarte de la valeur locative expose à un redressement, et l’immobilier est illiquide au moment où l’on cède sa clientèle ou sa patientèle.
Exemple chiffré
Hypothèses : bénéfice non commercial de 150 000 €, tranche marginale 41 %, plafond 2026 de 48 060 €, disponible versé en totalité.
Disponible au titre de l’article 154 bis : 10 % de 150 000 € = 15 000 €, plus 15 % de (150 000 − 48 060) = 15 291 €, soit 30 291 € déductibles. À 41 %, l’économie d’impôt atteint environ 12 400 €. Illustration, pas projection : ces 30 291 € forment une enveloppe unique pour l’année, partagée avec les cotisations déjà versées en 2026 à un contrat retraite facultatif ou au régime facultatif de la caisse ; aucun report du disponible non utilisé des années passées n’existe. L’imposition à la sortie réduira l’effet net.
Ce que fait Master Conseil
Master Conseil est un cabinet de gestion de patrimoine installé à Aix-en-Provence depuis 2011, en architecture ouverte. Il fournit un conseil non indépendant au sens de la directive MIF II et perçoit à ce titre des rémunérations des producteurs des solutions retenues ; le détail figure dans notre document d’entrée en relation. Pour un libéral, nous reconstituons les droits acquis, puis nous chiffrons l’écart avec le revenu visé — voir notre page prévoyance, retraite et succession. Les leviers viennent ensuite dans cet ordre : couverture des arrêts, capitalisation, structure, murs du cabinet.
Réserver mon bilan — nous chiffrons l’écart avant d’évoquer un produit.
Questions fréquentes
À partir de quel revenu la retraite obligatoire d’un libéral décroche-t-elle ?
Dès 48 060 € de bénéfice en 2026 : au-delà, le taux du régime de base passe de 8,73 % à 1,87 %, et plus rien ne s’y acquiert après 240 300 €. Les complémentaires de section ont leurs propres barèmes.
Un médecin et un avocat cotisent-ils à la même caisse ?
Non. Les médecins relèvent d’une section de la CNAVPL, les avocats de la CNBF, régime autonome. Les règles diffèrent, donc le calcul de l’écart aussi.
Faut-il passer en société pour préparer sa retraite ?
Pas nécessairement. La société sert à piloter l’assiette imposable quand une part du bénéfice n’est pas prélevée ; en dessous, le coût de gestion dépasse le gain.
Racheter des trimestres ou verser sur un plan d’épargne retraite ?
Les effets diffèrent : le rachat augmente une pension viagère revalorisée par la caisse ; le versement constitue une épargne dont la valeur dépend des supports et n’est pas garantie. Comparer sur le relevé de carrière.
Peut-on récupérer l’argent d’un plan d’épargne retraite avant la retraite ?
Uniquement dans les cas de déblocage prévus par la loi, dont l’acquisition de la résidence principale et les accidents de la vie. Hors ces cas, les sommes restent bloquées jusqu’à la liquidation.
Sources
- Code de la sécurité sociale, article L. 642-1 (cotisations par tranches de revenu, points par tranche) — Légifrance, version en vigueur depuis le 01/01/2026 (consulté le 14/09/2026).
- Code de la sécurité sociale, article L. 645-1 (régime de prestations complémentaires de vieillesse des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés) — Légifrance, version en vigueur depuis le 14/06/2018 (consulté le 14/09/2026).
- Arrêté du 22 décembre 2025 fixant le plafond de la sécurité sociale pour 2026 (plafond mensuel 4 005 €, soit 48 060 € sur douze mois) — Légifrance (consulté le 14/09/2026).
- Code général des impôts, article 154 bis (limite unique de déduction retraite, prévoyance, perte d’emploi des travailleurs non salariés ; aucun report des années antérieures) — Légifrance, version en vigueur depuis le 11/03/2023 (consulté le 14/09/2026).
- Code général des impôts, article 219 (taux normal 25 %, taux réduit 15 % dans la limite de 42 500 €, chiffre d’affaires n’excédant pas 10 millions d’euros, capital entièrement libéré) — Légifrance, version en vigueur au 21/02/2026 (consulté le 14/09/2026).
- Code général des impôts, article 206 (sociétés civiles passibles de l’impôt sur les sociétés, de plein droit ou sur option) — Légifrance, version en vigueur depuis le 01/07/2026 (consulté le 14/09/2026).
- BOFiP, BOI-ANNX-000513, synthèse du régime d’imposition des plans d’épargne retraite — bofip.impots.gouv.fr, publié le 10/08/2026 (consulté le 14/09/2026).
- Plus-value immobilière des particuliers : 19 % et 17,2 %, exonération à 22 et 30 ans — impots.gouv.fr (consulté le 14/09/2026).
- BOFiP, BOI-RFPI-PVI-10-10 § 30 et § 40 (le régime des plus-values des particuliers vise les sociétés des articles 8 à 8 ter ; sociétés passibles de l’impôt sur les sociétés exclues) — bofip.impots.gouv.fr, publié le 06/07/2016 (consulté le 14/09/2026).
- BOFiP, BOI-BIC-PVMV-20-40-30 § 20 et § 80 (abattement pour durée de détention réservé aux entreprises relevant de l’impôt sur le revenu) — bofip.impots.gouv.fr, publié le 05/04/2017 (consulté le 14/09/2026).
- BOFiP, BOI-BIC-PVMV-10-20-10 (plus-value professionnelle mesurée par rapport à la valeur comptable, prix de revient diminué des amortissements pratiqués) — bofip.impots.gouv.fr, publié le 11/03/2013 (consulté le 14/09/2026).
- Code général des impôts, article 1609 nonies G (taxe de 2 % à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value nette imposable, terrains à bâtir exclus) — Légifrance, version en vigueur depuis le 01/01/2024 (consulté le 14/09/2026).
- Paramètres 2026 du régime de base des professions libérales (557 et 25 points, valeur du point 0,6599 €, taux de liquidation fonction de la durée d’assurance) — CNAVPL et taux 8,73 % / 1,87 % (consultés le 14/09/2026).
- Régime autonome des avocats — CNBF (consulté le 14/09/2026).
À lire aussi : Quel PER choisir quand on est travailleur non salarié (TNS) ? · Dirigeant de PME : réduire ses impôts
Master Conseil — Conseiller en investissements financiers (CIF) enregistré sous le numéro E002561, membre de l’ANACOFI-CIF, association agréée par l’Autorité des marchés financiers. Intermédiaire immatriculé à l’ORIAS sous le numéro 11 061 742. Stéphane Voss, gérant associé. Informations à caractère pédagogique, non contractuelles, ne constituant ni un conseil personnalisé ni une recommandation d’investissement. Les dispositifs cités évoluent : vérifiez la version en vigueur avant toute décision. Mentions légales complètes et procédure de réclamation : master-conseil.fr/mentions-legales/ et master-conseil.fr/reclamations/ — Le Médiateur de l’AMF, Autorité des marchés financiers, 17 place de la Bourse, 75082 Paris Cedex 02.
